par Claire Pelletier.

À la fin d’octobre, Louis nous a invités à visionner le documentaire consacré à BKS Iyengar «The Man, Yoga and the Student’s Journey» qu’a réalisé Jake Clennell.

Fascinant film d’archives qui, comme son titre l’indique, nous plonge dans l’enseignement de cet éminent maître du yoga, nous démontre la maîtrise de son art, nous expose à la philosophie du yoga. Il nous donne aussi à voir la trajectoire de quelques-uns de ses élèves les plus investis.

Qu’est-ce que j’ai retenu de ce film? Voici mes souvenirs… un peu à bâtons rompus :

D’abord la totale immersion de maître Iyengar dans sa passion pour le yoga! Une pratique qu’il a débutée très jeune pour surmonter une condition physique précaire, et dans laquelle il investissait assidument jusqu’à dix heures par jour dans son emploi du temps. Cette constance lui aura permis d’accéder aux enseignements subtils du corps et à une écoute fine de la sagesse de celui-ci. Tout en développant une souplesse physique inouïe le rendant apte à se déposer dans des asanas à couper le souffle!

Cette discipline l’aura surtout amené à éprouver un autre plan de la réalité, celui de la spiritualité. À ce sujet, un enseignement intéressant : dans aucune posture, on n’est en mesure de voir son dos. Toutefois, on peut le ressentir.  La foi (Dieu), c’est un peu comme notre dos, on ne peut pas (le) voir, mais on peut (le) ressentir. (la foi serait donc l’acte du ressenti…)

Tout chez Maître Iyengar pointe vers une intériorité de la pratique du yoga. Il ne s’agit pas de tenir de belles postures pour la galerie. Le travail est intérieur et il est accompli avec révérence. Le voilà bien résumé dans cette phrase : « Mon corps est un temple, les asanas sont mes prières ».

Maitre Iyengar a transmis sa passion du yoga à de nombreux adeptes dont sa fille Geeta, son fils Prashant et sa petite fille Abhidjata qui, tous trois,  nous livrent de précieux enseignements.

Par exemple, l’attention que l’on porte aux asanas. Abhidjata, se pratiquant devant son grand-père, s’enorgueillissait d’avoir tenu pendant trente minutes une posture Sirsasana (posture sur la tête) qui pour moi relève du supplice (et maître Iyengar lui demande alors : «Que faisais-tu en tenant la posture? ».  Elle se rend compte qu’elle comptait les minutes dans une visée de performance, alors qu’il aurait souhaité qu’elle soit simplement attentive à son corps, à ses mouvements et ses adaptations  ses messages et enseignements durant la vie de cette posture.

Abhijata nous fait aussi part du rapport à la douleur physique et de la façon dont on la vit en tenant une asana. On peut s’objecter à la souffrance et la repousser ou bien essayer une autre voie : prendre conscience de sa réalité dans un mouvement d’accueil et assister alors à sa transformation. À tenter dans une posture mal-aimée!

Ce documentaire met aussi bellement en lumière l’impact du yoga sur le parcours aussi émouvant qu’engagé de certains élèves ayant survécu à des trajectoires de vie ingrate et souffrante : consommation, meurtre, abandon, deuil, par exemple.  La vérité de ces personnes, leur foi et leur engagement dans la pratique sont une véritable source d’inspiration et d’élan.

Leurs témoignages illustrent en effet la puissance d’un investissement sans relâche dans la discipline du yoga soutenue par la présence d’un maître.